La littérature togolaise en question

Après la cérémonie d’ouverture le 09 mai à l’Espace culturel Filbleu, village du festival, ‘’Plumes Francophones’’ a démarré en trombe le mardi 10 mai avec un ballet de conférences et de rencontres entre les écrivains et le public, dans les différents établissements scolaires et universitaire de Lomé.

Mardi dernier, a eu lieu au CCF la rencontre entre certains écrivains de la nouvelle génération d’auteurs togolais et le public du Centre culturel français (CCF) autour du thème «La littérature togolaise hier, aujourd’hui et demain». La conférence a eu lieu à l’auditorium du CCF. Elle est animée par Mme Patricia Zonvidé, enseignante à l’Université de Lomé, qui a réuni autour de la table, Serge Azialé, journaliste-écrivain, auteur de romans à l’eau de rose et Mme Kouméalo Anaté, enseignante à l’Université de Lomé, auteure de plusieurs ouvrages.

Dans un premier temps, Mme Zonvidé a présenté les auteurs avant de passer à l’historique de la littérature togolaise. Mais rapidement, la conférence allait tourner à une vieille polémique. Pour Mme Zonvidé, la critique est quelque peu ingrate à l’égard de la littérature togolaise, surtout en ce qui concerne les premiers auteurs, Félix Couchoro, David Ananou, etc… Elle a particulièrement cité l’anthologie de la

littérature africaine de Jacques Chevrier qui « oublia » de citer M. Couchoro parmi les auteurs africains alors que ce dernier était parmi les premiers africains.

Deux catégories d’écrivains togolais

Elle a scindé les écrivains togolais en deux catégories : les écrivains de l’intérieur et les écrivains de la diaspora. Les écrivains de l’intérieur sont évidemment ceux qui résident au Togo et publient dans les maisons d’édition de la place tandis que les écrivains de la diaspora sont ceux qui résident à l’étranger et sont édités dans les prestigieuses maisons de France ou d’ailleurs. Si les seconds sont mondialement connus, les premiers vivent, eux, dans l’ombre. Pour Mme Zonvidé, il y a même une question insidieuse de savoir si ces écrivains sont réellement les ambassadeurs de la littérature togolaise. Elle prend pour témoin de cette affirmation, une sortie du très médiatique Kossi Efoui, qui a déclaré au cours du Festival Etonnanats Voyageurs qu’il ne se sent pas lié à l’Afrique et au Togo et qu’on devrait lui foutre la paix avec l’Afrique et la littérature africaine (sic) !

L’enseignante a également parlé des problèmes d’édition au Togo et des difficultés que rencontre les écrivains togolais de l’intérieur. Elle a lancé un vibrant appel pour la promotion des écrivains de l’intérieur délaissés par la critique. Aussi étonnante que cela paraisse, Mme Zonvidé est encore revenu sur un sujet polémique que l’on croyait révolu mais qui a toujours long cours dans les universités de Lomé et de Kara.

Qu’est-ce que la littérature et qu’est-ce qu’un écrivain ?

Détermine-t-on la nationalité d’un écrivain à partir de ce qu’il écrit ou le reconnaît-on comme écrivain selon la qualité de son œuvre ? L’écrivain a-t-il une nationalité ? Finalement dans une œuvre n’est-ce pas la qualité et elle seule qui compte ?

Beaucoup de questions n’ont pas eu de réponse, ce qui laisse le débat en suspens malgré des réponses très claires désapprouvant quelque peu cette conception particulière de la littérature.

Plusieurs cas d’écrivains togolais et africains prouvent tout de même que cette catégorisation des écrivains togolais est une théorie quelque peu erronée. Exemple : Mme Kouméalo Anaté est enseignante à l’ISICA à l’Université de Lomé mais elle a publié la plupart de ces œuvres à Bordeaux. Peut-on dans ce cas la classer parmi les écrivains de la diaspora ? L’écrivain Béninois Florent Couao-Zotti réside et travaille au Bénin et publie ces ouvrages en France, cela fait-il de lui un écrivain béninois de l’intérieur ? Et pourtant, la critique place les œuvres de Florent Couao-Zotti,Grand Prix littéraire d’Afrique Noire, dans le même sillage que celles des écrivains africains de la nouvelle génération, ces auteurs que Jacques Chevrier appelle « les écrivains de la migritude ». «Ecrivains de la migritude », voici encore un autre thème qui catégorise les écrivains africains vivant pour la plupart en Occident.

La question des écrivains entre deux pays

Jean Divassa, auteur gabonais, résident au Gabon, actuellement invité à Plumes Francophones, et lauréat du Grand Prix Littéraire Afrique Noire 2008, est il un écrivain africain de l’intérieur ? Kangni Alem, écrivain togolais vivant aujourd’hui à Lomé, qui a publié toutes ses œuvres en France, est-il un écrivain de l’intérieur ou de la diaspora, de la « mondialitude » ? Le cas de kangni Alem est même plaisant : ayant publié Chemins de croix (Editions NEA-Togo), sa pièce de théâtre la plus emblématique au Togo, il est parti faire des études à Bordeaux et aux Etats-Unis où il publia la plupart de ses romans, nouvelles et œuvres de théâtre. Auréolé du Grand Prix de littéraire d’Afrique Noire 2003, Kangni Alem est aujourd’hui vit aujourd’hui à Lomé et enseigne la littérature à l’Université. Comment classer un pareil cas dichotomique ? Suffit-il de vivre à l’étranger pour être membre d’une quelconque diaspora, entité nébuleuse ?

Tout ceci semble bien correspondre avec le thème de ce festival « Littérature et voyage », car dans le cas des écrivains togolais ou africains, classés comme de la diaspora, un seul point commun peut être mis en exergue : le voyage, la migration, la rencontre avec d’autres peuples, d’autres cultures, d’autres littératures, ces multiples expériences enrichissent voire modifient leur vision du monde, de la réalité tout simplement. Ils subissent nécessairement des influences qui peuvent être bonnes ou mauvaises. D’où l’intérêt de la seconde conférence à l’auditorium du CCF : De l’influence en littérature, le cas d’André Gide. Une conférence qui sera animée le jeudi 12 mai par Laurent Gayard, doctorant en études politiques à EHESS.

En tout cas, la première conférence à l’auditorium du CCF dénote bien de tout l’intérêt de l’organisation d’un festival de littérature au Togo.

Tony Feda

Première édition

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Festival International de Littératures Francophones

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