Guy MissodeyPeut-être la première et vraie recension du livre, Edem Kodjo, un homme, un destin (Editions NEI CEDA/Frat-Mat) de Venance Konan, auteur et journaliste ivoirien. La présentation du livre faite au Goethe Institut par l’universitaire Guy Missodey a merveilleusement surpris le public, qui est sorti satisfait qu’on ait pu parler de manière  si objective et sans concession de l’homme qui a eu la plus brillante et plus longue carrière politique, qui voulait néanmoins  se dérober au jugement de l’histoire en essayant de se construire, à peu de frais, une image d’Epinal à travers un livre hagiographique. Guy Missodey n’a pas voulu de ce tour de passe passe médiatique, de cette posture médiatique un peu surfaite. Il a daubé Venance Konan, auteur d’un travail de « paresseux » et extrêmement bancal. Quant à Edem Kodjo, homme protéiforme, intellectuel et homme politique, il mériterait une VRAIE biographie.

Brillant et merveilleusement surprenant. Voici les attributs de l’exposé du livre Edem Kodjo, un homme, un destin, par l’universitaire Guy Kokou Missodey ce matin à l’Institut Goethe. Un seul regret : l’absence de l’objet du livre, Edem Kodjo en personne. Mais, qu’à cela ne tienne, son absence a peut-être délié les langues, libéré les paroles, et les mots pour asséner les vérités objectives sont aisément venues.

Pour éclairer la lanterne du lecteur, Edem Kodjo, 75 ans, a occupé ( et occupe peut-être puisqu’il a toujours deux pieds en politique comme edem-kodjo-venance-konan-grand prix-adelfconseiller politique du chef de l’Etat Faure Gnassingbé) la scène politique pendant très longtemps. Arrivé au Togo peu après le départ de Nicolas Grünitzky, deuxième président du Togo, Edem Kodjo est à l’origine de la fondation du RPT (août 1969), le parti unique qui a dirigé le Togo pendant plusieurs décennies  avant d’être aboli par Faure Gnassingné.  Il en fut le Secrétaire général (1969-1971), et ministre des finances, ministre des affaires étrangères dans les années 1979, gouverneur du FMI (1967-1973), rédacteur de la charte de la CEDEAO, avant d’aller diriger l’OUA (1978-1983). Revenu au Togo à la faveur des  soubresauts démocratiques, il fut deux fois Premier ministre, une première fois dans des conditions troubles sous le général Eyadema, une seconde fois dans des conditions encore plus troublantes sous Faure Gnassingbé, fils d’Eyadema. Il a la carrière politique la plus riche. C’est aussi un intellectuel de haut vol ayant écrit des ouvrages de référence sur le destin de l’Afrique. C’est donc un homme immense, très immense, une bonne matière, un sujet de journalisme et d’écriture passionnant.

La première surprise vient de Guy Missodey,  le présentateur, qui, il y a quelques mois, faisait un commentaire apologétique à la dédicace du livre à l’Hôtel Eda-Oba. Ce même Guy Missodey assumant parfaitement ses premiers propos faits dans un cadre de promotion d’un livre, se dédit en réalisant  un travail de maître, une recension digne d’un critique littéraire de ce nom. On boit du petit lait.

Il présente son exposé en trois parties :

  1. analyse du projet d’écriture de l’auteur;
  2. démarche d’investigation;
  3. analyse du résultat.

Selon l’universitaire  Guy Missodey, écrire est avant tout un projet, et dans le cas d’espèce il s’agit d’un portrait. Et il met en question ces considérations. Primo,

qui parle portrait nous conduit nécessairement à une dimension artistique et dans ce cas l’auteur est soumis à des contraintes dont la subjectivité, la création et la recréation.

Ces principes n’ont pas été respectés, le livre manque globalement de cette qualité littéraire qui fait d’une biographie une oeuvre d’importance littéraire .

Deuxio, pour l’exposant, Venance Konan s’est inscrit à écrire un livre à thèse, c’est-à-dire qu’il a voulu comprendre et répondre à cette question :

comment se fait-il qu’un homme d’une telle envergure n’a pas pu atteindre la dernière marche du pouvoir, c’est-à-dire dirigé le Togo en tant que président de la République?

Pour M. Missodey, l’auteur s’inscrit ainsi dans une démarche d’investigation. Et il a toutes les qualités intellectuelles pour réussir le projet : journaliste, écrivain, juriste, universitaire de formation, « tous les ingrédients sont rassemblés » pour faire un bon livre. Pourquoi alors l’auteur a-t-il échoué ?

Il ne fallait pas qu’il signe le livre!

Guy Missodey relève les faiblesses du livre : manque d’analyse critique des témoignages qui pourraient lui proposer des pistes pouvant l’amener à la rédaction de son projet. On assiste plus ou moins à une collecte d’informations par un journaliste qui ne s’est pas donné la peine d’appliquer les exigences journalistiques à ces matières, ce qui fait plus ou moins qu’on serait plutôt en présence d’un compte-rendu du quotidien Frat-Mat. Péremptoire, le présentateur assène:

Il y avait des témoignages « No comment » comme sur Euronews, à telle enseigne qu’on a l’impression que l’auteur prend trop de précaution. L’auteur se cache derrière les témoignages, à telle enseigne qu’à un moment donné, le livre risque d’être une compilation de témoignages. En ce sens, il ne fallait pas que Venance Konan signe le livre, car il n’y a pas un travail d’écriture et de réécriture.

Ce qui a conduit un participant à dire que tout se passe comme si Edem Kodjo avait donné la plume et le papier  à Venance Konan et lui a dicté le livre !!!

Des faiblesses relevées ça et là qui enlèvent presque tout intérêt à ce livre très attendu compte tenu de la dimension d’Edem Kodjo.

Néanmoins, le présentateur a relevé quelques anecdotes croustillantes ça et là qui donnent tout de même à ce livre un petit intérêt. Certains témoignages bruts laissent à penser ce que fut l’époque, les relations très étroites entre Eyadema et Kodjo. Car, à la lumière, on comprend que Edem Kodjo était séduit par Eyadema et que cette admiration d’un intellectuel de haut vol pour un soudard de la coloniale était des plus étonnantes. Il y en a d’autres comme ces bizarreries diplomatiques affichées par le Togo sur la scène internationale, cette  la volonté dont a fait le  Togo et décriée par les autres pays de ne pas soutenir la candidature d’Edem Kodjo ; les pitreries du ministre des affaires étrangères Akakpo-Ahianyo que  l’Ethiopien Mengistu Hailé Mariam qualifiait de sauvage ; les soûleries d’un Arap Moi blasé des problèmes continentaux alors qu’il était le président en exercice de l’OUA, etc…

Des révélations qui ne sauvent pas ce livre, conclut l’universitaire resté sur sa faim et applaudi par la salle. On est visiblement en face d’un livre constitué de matières brutes prêtes à être travaillées. Il s’agit donc d’un livre inabouti.

Nous sommes en face d’un sujet passionnant qui passionne le public togolais. Edem Kodjo vaut-il un autre livre ? Ne faut-il pas mieux, tout en leur jetant la pierre, que les journalistes togolais écrivent un jour la biographie d’Edem Kodjo ? Faut-il attendre que l’homme lui-même écrive ses mémoires ?

L’écrivain togolais Sami Tchak, loin du débat,  aurait pourtant aimé  y participer. Il a réagi sur Facebook de la plus belle manière quand un internaute faisait comprendre sa crainte de voir l’ancien deux fois Premier ministre et ex-secrétaire général de l’OUA n’écrire  jamais ses mémoires. Selon cet internaute, l’ancien Premier ministre, 75 ans,  peine à quitter la scène politique,  et reste toujours en embuscade, en réserve de la République. L’internaute:

 Sami, je crois là également que tu es très poli voire diplomate. Kodjo a besoin d’un regard autre sur lui, un vrai regard sans concessions. Je ne crois pas qu’il écrive ses mémoires. Ceux qui le font ont leur carrière derrière eux, Kodjo n’a jamais quitté la scène, il veut toujours y être.

Voici la réaction de Sami Tchak.

Sami TchakJe le sais, mais conduire des hommes de sa trempe à nous faire des promesses, c’est aussi nous donner le droit de leur demander des comptes. Edem sait que chaque fois que nous nous rencontrerons, il y aura dans nos discussions la question de ses mémoires. Je ne pars pas d’emblée de l’idée qu’il ne le ferait pas, mais qu’il peut le faire et attendre sa mort pour qu’ils soient publiés, ce qui a d’ailleurs été le cas de beaucoup d’hommes et de femmes politiques, de personnes d’un certain statut. Si nous n’exigeons rien et partons d’emblée de l’idée que parce qu’un homme ne quitte pas la scène politique il n’aurait pas le courage de jeter un regard d’analyse et de critique sur son époque et sur lui-même, alors nous devenons complices de ce qui nous semble incurable: le silence des hommes et des femmes qui ont façonné nos destins en gérant nos nations. Si j’avais l’opportunité d’approcher n’importe quel homme politique de cette catégorie, même beaucoup plus jeune d’Edem, Faure, des hommes et femmes politiques plus jeunes que moi, je leur aurais systématiquement demandé d’écrire avec courage sur ce qu’ils ont fait, vu, entendu, de nous donner à lire, à comprendre les intrigues dont ils ont été des acteurs, des victimes. Il y a des chaînes de transmission qui manquent dans nos sociétés, et chaque génération semble devoir tout reprendre à zéro même au niveau de la pensée politique. Ailleurs, même de ce que fut Hitler, de ce qu’il a fait, de sa pensée, on tire des leçons qui font avancer les nations. Il y a aussi un véritable problème dans nos sociétés: tu pars de l’idée qu’Edem Kodjo n’écrira jamais ses mémoires, mais tu ne te poses pas une autre question, à savoir, pourquoi nos journalistes ne font pas des enquêtes pour des biographies non officielles? Est-ce impossible de rencontrer des hommes et femmes capables de parler d’Edem Kodjo? Est-ce impossible de mener une enquête patiente, au Togo et dans d’autres pays, au sujet d’un homme aussi public à l’exceptionnelle longévité politique? Peut-être que si nous attendons des confessions, en effet, tu as raison, elles ne viendraient pas. Mais ce que l’on sait des hommes et femmes politiques dans d’autres sociétés, c’est ce que des hommes et des femmes dont c’est me métier ont pu nous en révéler à partir de patientes et rigoureuses investigations de plusieurs années. Un homme politique a beau vouloir protéger ses arrières, il vit nu la plupart du temps, car sa vie se déroule dans un milieu où il se fait forcément des ennemis. Sans oublier que ses « amis » peuvent être les plus diserts au sujet de ses ombres.

Dont acte.

T.F

Joindre la conversation 2 commentaires

  1. Il n’y a que la critique littéraire objective pour peindre un tableau réaliste et complet des hommes publics connus et reconnus en politique, dans le social et en religion. Guy Missodey a fait un travail sérieux de critique littéraire !

    Réponse
  2. […] Peut-être la première et vraie recension du livre, Edem Kodjo, un homme, un destin (Editions NEI CEDA/Frat-Mat) de Venance Konan, auteur et journaliste ivoirien. La présentation du livre faite au Goethe Institut par l’universitaire Guy Missodey a merveilleusement surpris le public, qui est sorti satisfait qu’on ait pu parler de manière si objective et sans concession de l’homme qui a eu la plus brillante et plus longue carrière politique, qui voulait néanmoins se dérober au jugement de l’histoire en essayant de se construire, à peu de frais, une image d’Epinal à travers un livre hagiographique. Guy Missodey n’a pas voulu de ce tour de passe passe médiatique, de cette posture médiatique un peu surfaite. Il a daubé Venance Konan, auteur d’un travail de « paresseux » et extrêmement bancal. Quant à Edem Kodjo, homme protéiforme, intellectuel et homme politique, il mériterait une VRAIE b… […]

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